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Contact Covid : « au départ, cela ne devait être qu’un formulaire ! »

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Derrière les équipes de contact tracing, il y a un outil informatique : Contact Covid. Annika Dinis, directrice opérationnelle du numérique et de l’innovation en santé à la Cnam nous raconte comment cet outil complexe et sécurisé a été conçu et développé dans un temps record et dans des conditions extrêmes. test

Article publié le 11/06/2020
Annika Dinis, directrice opérationnelle du numérique et de l’innovation en santé à la Cnam

Quand commence l’aventure Contact Covid, l’idée est de s’appuyer sur les médecins et donc de développer un simple formulaire de contact. « Très vite, on s’est aperçu qu’en réalité, il fallait un workflow complet car les interlocuteurs étaient multiples : médecins, agents de l’Assurance Maladie, laboratoires et pharmaciens », raconte Annika Dinis.

De l’humain et du logiciel

Un workflow, c’est à la fois le processus de travail et les outils qui le rendent possible. En d’autres termes, c’est à la fois la manière dont le médecin va saisir des données, le choix des données qu’il va saisir, la façon dont elles vont être transmises, qui va y accéder, de quelle manière, etc. et l’outil qui va permettre tout cela.  « Sur le papier, ce sont des choses que l’on sait très bien faire à l’Assurance Maladie, mais là, il fallait le faire très vite, en grande dimension et sans savoir exactement comment puisque le dispositif était d’une part en discussion à l’Assemblée nationale, au Conseil d’État et à la Cnil (commission nationale informatique et liberté) et d’autre part en cours d’organisation », explique Annika Dinis. En bref, créer un outil informatique sans savoir exactement qui va l’utiliser et comment. Défi, vous avez dit défi ?

Du collectif et de la méthode

Pour relever ce défi extraordinaire, l’Assurance Maladie a utilisé des moyens… ordinaires. Ordinaires, mais en mieux ! Car en matière de gestion de projet informatique, rappelle Annika Dinis, l’Assurance Maladie a développé une vision de pointe sous le nom de code PIO (projet informatique optimisé) : « L'un des principes est de réunir toutes les personnes concernées par le projet à plusieurs reprises au cours du projet, c’est ce que l’on appelle le 360 ; là, nous l’avons fait de façon quasi-quotidienne, du 360 fois 7 en quelque sorte ». Concrètement, au fur et à mesure que le cadre légal se dessinait, l’équipe informatique d’Annika Dinis et celle de Carole Blanc, côté direction déléguée aux opérations, définissaient ensemble à la fois l’outil informatique et le processus qui allait permettre de l’exploiter (voir Entretien avec Carole Blanc à paraître dans cette rubrique). Et le collectif ne s’arrête pas là : « Nous travaillons aussi quotidiennement avec Gildine Croize qui est déléguée à la protection des données (voir article à paraître dans cette rubrique), avec les équipes  de la direction informatique, notamment la filière digitale qui nous aidait sur l’architecture, le développement, l’infrastructure et les équipes de la sécurité. »

Performance « dingue » et vallée du désespoir

« Ce qu’on a fait ensemble est juste dingue, souligne Annika Dinis, puisqu’on a créé un outil avec toute la documentation qui doit l’accompagner pendant que des équipes se montaient avec un nouveau métier, celui d’enquêteur sanitaire ; et tout cela en étant prêt deux jours avant la publication du décret qui a lancé le contact tracing ! » Mais le succès, l’équipe de la Dionis n’a pas pu immédiatement le savourer. « Quand on doit travailler dans l’urgence, il faut renoncer à certaines choses, explicite Annika Dinis, et la première semaine, nous avons été submergés par les remontées des équipes en CPAM, en DRSM et en CGSS sur tout ce qui n’allait pas : cela arrivait de tous les côtés sous forme de mails, de SMS, d’appels, et il nous a fallu une semaine pour trier et s’apercevoir que la plupart des remontées portait sur les mêmes sujets ». Avec cette semaine, baptisée par l’équipe « vallée du désespoir » commence les correctifs et les adaptations pour que l’outil soit plus adapté à la « vraie vie » des équipes de contact tracing.

Evolution continue et visible

Très vite, les équipes informatiques apportent les premiers correctifs. « Là encore, nous avons tous travaillé ensemble pour modifier en même temps l’outil et les processus quand c’était nécessaire ». Et là encore, ce sont les méthodologies de travail et les outils  de l’Assurance Maladie qui font la différence et permettent de répondre rapidement aux besoins d’évolutions. Côté outil, une plateforme technologique permet de livrer en continu les éléments réalisés plutôt que d’attendre une nouvelle version complète. Côté méthode, l’organisation « Devops » permet de prendre en compte la façon dont l’outil va être utilisé à chaque phase de son développement (sur ce point, voir également l’article consacré à declare.ameli). « C’est l’une des premières fois où le réseau peut voir en temps réel les améliorations que nous apportons, il y a eu 7 versions en attendant la V2 qui viendra très prochainement répondre à la plupart des problématiques rencontrées », ajoute Annika DinisC’est sur cette nouvelle version de Covid Tracing que travaille aujourd’hui l’équipe de la Dionis tout en améliorant, en relation avec tous les autres acteurs impliqués, les processus de transmission de données avec les établissements de santé (hôpitaux, Ehpad, etc.) et avec les agences régionales de santé (ARS)

Pour Annika Dinis, il est trop tôt pour tirer les leçons de cette aventure exceptionnelle, notamment en ce qui concerne le développement de l’espace numérique en santé (ENS) dont elle est en charge à l’Assurance Maladie. Elle préfère plutôt conclure sur la force du collectif : « on s’aperçoit qu’avec l’engagement de tous, on peut soulever des montagnes et je crois que tous ceux qui ont participé à cette aventure s’en souviendront ».

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