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#contact tracing

La création de la plateforme « contact tracing » en Seine-Maritime

#19 #Normandie

Pour permettre la mise en place du dispositif « contact tracing », l’Assurance Maladie a dû monter de toute pièce des plateformes dédiées partout en France. Comment les CPAM ont relevé ce challenge ? Direction la Seine-Maritime, quelques jours après le lancement du dispositif. test

Article publié le 26/05/2020
De gauche à droite : Arnaud Lanchon-Dumontier - Directeur Santé des CPAM de la Seine-Maritime, Serge Boyer - Directeur des CPAM de la Seine-Maritime, Sandrine Debouvries - Pilote du Contact Tracing, Caroline Durand - Pilote du Contact Tracing, Karine Dewevre - stagiaire EN3S.

« Protéger, tester et isoler » : ce sont les 3 piliers retenus dans le cadre de la stratégie de déconfinement présentée par le Premier ministre le 28 avril devant l’Assemblée nationale. La nécessité d’identifier et de mettre à l’isolement, et ce le plus rapidement possible, les personnes potentiellement malades et contagieuses en est la clé de voute, afin de casser les chaînes de contamination. Le dispositif dit de « contact tracing » mis en place par l’Assurance Maladie en moins de dix jours joue un rôle pivot dans ce cadre. « C'est un dispositif inédit par son organisation et son ampleur », souligne Serge Boyer, directeur des CPAM de la Seine-Maritime.

 

Infographie explicative du contact tracing

Le "contact tracing" est un dispositif inédit qui a été confié à l'Assurance Maladie.

Constitution et construction d’équipe « express »

Très vite, les CPAM de la Seine-Maritime désignent un comité de pilotage et constituent une première équipe d’enquêteurs sanitaires, issus de différents services. Parmi les 70 personnes qui forment cette première équipe, on trouve des profils très différents : délégués de l’Assurance Maladie, conseillers informatique service, conseillers Assurance Maladie, chargés de prévention, agents administratifs de l’ELSM, agents d’accueil, assistantes de direction et chargés de communication ainsi que de collaborateurs de l’UC-Irsa et du Service Médical du département. Cette diversité est soudée par un webinaire de présentation du dispositif, animé par Serge Boyer et Arnaud Lanchon-Dumontier, directeur santé des CPAM de la Seine-Maritime.

L’équipe se voit confier une lettre de mission de six mois. Puis, elle enchaîne les formations, dispensées par des collaborateurs de la DRSM Normandie et de l’ARS Normandie afin de pouvoir répondre de façon efficace et pertinente à sa mission. Enfin, elle reçoit l’équipement nécessaire, informatique notamment, afin de pouvoir réaliser l’ensemble des tâches nécessaires au « contact tracing » dans un contexte de sécurisation de l’information. « La création d’une équipe complète, formée opérationnelle et dotée du matériel nécessaire dans un contexte de crise sanitaire et dans un délai aussi court a été un challenge collectif que nous sommes fiers d’être parvenus à relever », souligne Arnaud Lanchon-Dumontier. Un défi immédiatement redoublé par l’élargissement progressif de l’équipe via un appel à volontariat lancé sur l’extranet départemental. Résultat, une quarantaine de personnes se portent volontaire pour venir renforcer l’équipe initiale.

Organisation et partage d’expérience

Chaque matin, dès 8h, Sandrine Debouvries et Caroline Durand, pilotes du « contact tracing », assurent leur brief dématérialisé auprès de l’équipe du matin, dans un esprit d'ouverture et de dialogue. « Ce point d’information est quotidien et essentiel avant de débuter la journée*. Il nous permet d’annoncer les nouveautés, de motiver, mobiliser et d’inviter l’équipe à s’exprimer pour favoriser l’échange et lever les éventuelles zones d’ombre », déclare Sandrine Debouvries. A l’issue du briefing, la plateforme de « contact tracing » est fonctionnelle et les enquêteurs prennent en charge directement les remontées des médecins libéraux du département ayant renseigné, via amelipro, les coordonnées de leurs patients testés positifs au Covid-19 ou présentant des signes cliniques de la maladie.

Maryline Doucène, enquêtrice sanitaire des CPAM de la Seine-Maritime, se souvient de la toute première enquête menée au sein de la cellule « contact tracing » : « Lors du briefing, j’ai proposé à mes collègues de prendre en charge la première fiche patient et je les ai invités à venir écouter l’échange afin que l’on puisse en discuter tous ensemble après. Au vu du bon déroulement de l’échange téléphonique, cela a rassuré tout le monde ». Marilyne ajoute : « D’autant que je me suis sentie soutenue par le médecin, puisqu’il avait informé le patient que nous allions le rappeler. Le médecin a vraiment un rôle essentiel puisqu’il informe le patient de l’appel de l’Assurance Maladie et cela favorise grandement notre mission ». Marilyne souhaite aider tous les nouveaux enquêteurs qui rejoindront progressivement l’équipe sur site.

Pour faire face à l’isolement induit par les mesures de confinement puis celles nécessaires à la réussite du déconfinement, un groupe de discussions dédié à l’équipe des enquêteurs sanitaires a été créé via la messagerie instantanée WhatsApp, où se mélangent échanges, partages et conseils. « Pour certains agents, notamment ceux en télétravail, c’est rassurant de pouvoir nous solliciter instantanément via WhatsApp. Nous sommes bien conscients que cette nouvelle activité peut être une source de stress puisqu’ils sortent de leur zone de confort et veulent être à la hauteur de la mission qui leur a été confiée. Il est certain qu’il y aura un temps d’adaptation à prendre en compte », ajoute Sandrine Debouvries. Le groupe WhatsApp est aussi le moyen de s’adapter aux évolutions du dispositif : « J’utilise quotidiennement WhatsApp pour échanger avec mes collègues sur les nouveautés, les fiches techniques, les modes opératoires et quelques cas afin d’avoir leur approbation. L’entraide est y très forte, nous pouvons compter les uns sur les autres ainsi que sur l’encadrement », explique ainsi Agnès Le Prévost, enquêtrice sanitaire des CPAM de la Seine-Maritime.

17h, c’est l’heure du reporting quotidien des pilotes où le point est fait sur le nombre d’enquêtes de la journée avec le nombre fiches « patient » créées et traitées ainsi que le nombre fiches « contact » créés et traitées. Il est impératif que chaque enquête commencée le matin soit clôturée le soir afin de briser les chaînes de contamination au plus vite. En effet, rappelle Serge Boyer : « C’est à la fois un marathon et une course contre la montre. Le marathon, c’est que l’on sait que cela va durer un certain temps. On le voit bien, ce virus circule et effectivement ce qu’il faut, c’est que l’on arrive à casser l’effet d’une seconde vague qui pourrait arriver en agissant extrêmement vite dans les contacts, en repérant les personnes, en faisant en sorte qu’elles soient testées et isolées. Une personne malade doit en effet s’isoler pendant 14 jours pour éviter cet effet de dissémination, de circulation du virus dans la population ».

 

 *En moyenne, 46 enquêteurs sont mobilisés et répartis sur deux créneaux horaires : le matin de 8 h à 15 h et l’après-midi de 12 h à 19 h.

 

Cet article a été écrit avec le concours de Frédérique Gohel, chargée de mission communication et marketing des CPAM de Seine-Maritime

De gauche à droite : Maryline Doucène - enquêtrice sanitaire des CPAM de la Seine-Maritime avec une partie de l’équipe sur site, Agnès Le Prévost - enquêtrice sanitaire des CPAM de la Seine-Maritime en télétravail).

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