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#Covid 19 solidarité

« Une réelle envie de partir rapidement prêter main forte »

#19 #Provence-Alpes-Côte d'Azur / Corse

Dans le cadre de la réserve sanitaire, des infirmières du service sophia (accompagnement des personnes atteintes d’asthme chronique ou de diabète) ont rejoint des établissements de santé pour lutter contre la pandémie. Rencontre avec Natalie Paraud, volontaire dans un hôpital de la région parisienne… test

Article publié le 05/05/2020
Natalie Paraud est infirmière depuis 1987. Elle a d’abord travaillé dans un service de réanimation pendant 15 années, puis est devenue infirmière libérale en 2002. En juin 2017, elle rejoignait l’équipe sophia.

Quel parcours intérieur vous a conduit à rejoindre la réserve sanitaire ?

Natalie Paraud - Pour moi, rejoindre la réserve sanitaire était une évidence. Confinée à mon domicile depuis le 18 mars, je suivais l'évolution de la pandémie sur les régions île de France et Grand-Est dans lesquelles la situation s'aggravait très vite. Je savais les difficultés que rencontraient mes collègues dans la gestion de la crise et la charge de travail que demande la réanimation.
C'est pour toutes ses raisons que je me suis inscrite à la réserve sanitaire avec une réelle envie de partir rapidement prêter main forte. Je souhaitais mettre mes compétences au service des autres et ne pas rester sans rien faire. Ceci m’était inconcevable !

Comment les choses se sont-elles organisées ces dernières semaines jusqu’à votre exercice dans un hôpital de la région parisienne.

Natalie Paraud - Quelques jours après mon inscription, j’ai reçu un mail de l’Agence Régionale de Santé de notre région me demandant de leur transmettre mes coordonnées téléphonique et surtout si j’étais toujours intéressée par une réquisition. J’ai donné mon accord pour partir en Île de France dans les 3 jours mais finalement tout s’est déroulé très vite puisque le jour même, vers 17 heures, je partais pour l’aéroport. Nous étions 14 personnes à embarquer ce jour-là dans l'un des Falcon présidentiel pour 45 minutes de vol jusqu’à la base militaire aérienne de Vélizy-Villacoublay où des taxis nous attendaient pour nous déposer à notre lieu de résidence des jours à venir.
Ma mission de 8 jours commençait alors au centre Hospitalier Sud Francilien, désigné deuxième ligne dans le programme de contrôle de l'épidémie et situé dans le département de l’Essonne.

Un voyage express de 45 minutes dans l'un des deux Falcon présidentiels

Un voyage express de 45 minutes dans l'un des deux Falcon présidentiels.

 

Le 2 avril, après une nuit très courte, j’ai pu assister avec 6 collègues à une présentation du service de réanimation et du déroulement des prises en charge des patients. C’était aussi l’occasion d’une rapide explication du logiciel pour le dossier de soin. A 14 heures, chacun est parti dans un service désigné par la cadre SAMUR (SAMU-SMUR). Vers 18 heures… C’était le moment de débriefer sur la journée afin de savoir comment nous allions.  

Pourriez-vous nous en dire davantage sur votre expérience au cœur du service de réanimation ?


Natalie Paraud - Le jour suivant, j’ai pris mon poste en Réa à 6 heures 45. Avant de passer dans la zone Covid-19 il fallait s'habiller : casaque de bloc, calot ou cagoule, masque FFP2, gants de chirurgie et lunettes ou visière de protection. Ce même ordre devant être respecté pour se déshabiller. Ce process doit être effectué 3 fois par jour, dès que l'on sort ou entre dans la zone covid. Nous avions droit à 2 pauses pour 12 heures de travail en Réa et devions donc boire et aller aux toilettes avant de rentrer dans la zone.

A chaque prise de poste, je travaillais en doublure avec une infirmière du service. Nous prenions chacune en charge 2 ou 3 patients selon leur état de gravité et surtout le nombre d'IDE (infirmière diplômée d’état) présentes. Sur le terrain, j’ai vite retrouvé les gestes techniques sans aucune appréhension. Le plus compliqué dans cette immersion, c'est d'apprivoiser le dossier informatisé et les respirateurs nouvelle génération. Surtout, la gestion des patients demande une attention permanente. Ils sont très instables et il y a des techniques de soins physiquement difficiles. La tension est palpable à chaque instant et quoi que l'on fasse, car les risques de contaminations sont importants dans chaque acte auprès des patients. Je me souviens d’une collègue ayant perdu un élastique du masque et de l’infirmière du service lui indiquant « si le masque tombe, tu arrêtes de respirer et tu cours » !

Au niveau moral, j'ai bien géré mais parfois ce n’était vraiment pas évident, notamment quand plusieurs membres d'une même famille sont touchés.

Aujourd’hui, vous seriez prête à venir en aide à un nouvel établissement ?

Natalie Paraud - Les équipes nous ont bien accueillis et grandement remerciés pour notre aide et notre démarche courageuse. Pour moi, cette expérience a été très enrichissante humainement parlant dans les échanges avec mes collègues de la réserve et sur les motivations de chacun des maillons de la chaîne pour lutter ensemble dans un même but : sauver des vies. Une fois de retour à Nice, il m’a fallu beaucoup de sommeil et 48 heures pour récupérer après le relâchement. Je reste à la disposition de la réserve si besoin dans le futur.

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